Retour Florence |
![]() |
On en parlait
depuis longtemps, il semblait loin et les jours n'en finissaient plus de
passer. Et pourtant... Notre imagination nous avait déjà
tous devancés ; nous laissions libre cours à nos rêveries.
Notre professeur d'histoire nous le présentait d'une manière
vivante en nous préparant avec passion. Au fait, à quoi?!
Eh bien à ce fameux voyage d'étude dans la prodigieuse cité
de Florence. Désormais ce nom évocateur nous rappelle à
tous de nombreux souvenirs, tous aussi forts les uns que les autres. La
ville mythique jadis sous le gouvernement éclairé des Medicis
allait nous délivrer jalousement sa prodigieuse architecture, et
ses innombrables trésors. Enfin le mardi 9 février qui signifiait
pour nous tous "jour J", après les dernières et interminables
heures de cours, chacun muni de son bagage s'est rendu à la gare
de Lyon par ses propres moyens. M. Cartier avait fixé un rendez-vous,
à 18h15 soit 1h20 avant le départ du train, car notre professeur
était désireux de s'assurer de notre présence à
tous afin de régler les dernières formalités de départ.
Toujours très ponctuel, et très attaché aux horaires
précis, il arriva donc une demi-heure plus tard au lieu de rencontre
pour trouver toute cette bande de joyeux lurons : la fameuse seconde 7.
Puis après être passée entre les incontournables bornes
de comptage, toute l'équipe mise au paroxysme de l'excitation, les
rapides adieux faits aux quelques parents terminés, s'engage sur
le quai de départ, jusqu'au wagon 18. Là, ce fut une distribution
méthodique de compartiments comprenant chacun six couchettes amovibles.
Nous nous installâmes donc et prenions nos aises pour environ 14h
de voyage, car pour une telle destination, le temps ne comptait pas. Mais
il manquait toujours à l'appel Etienne qui fort heureusement arriva
subitement dans les 10 minutes qui ont précédé le
départ. Tout était rentré dans l'ordre, et le train
s'ébranla donc en emmenant une classe du lycée Hoche dans
la prestigieuse cité d'art, reconnue comme l'une des plus belles
d'Italie. Le voyage fut très agréable, chacun vaquait à
de multiples occupations, et partout fusaient rires et discussions d'une
gaieté intarissable.
Après une courte nuit, nous arrivâmes vers 9h du matin dans la Toscane qu'une petite pluie fine arrosait. Le train entra en gare, et le jour se levait sur la patrie de Dante, berceau de la langue italienne qui demeure un foyer de civilisation où prirent vie, au quinzième siècle, l'Humanisme et la Renaissance, et dont le rayonnement fut capital pour l'art et la pensée de toute l'Europe occidentale. Et, c'est tout émus que nous fîmes nos premiers pas sur le sol florentin si désiré. Nous quittâmes donc la gare Santa Maria Novella pour rejoindre l'hôtel Venetto. Ce court trajet à travers un dédale de ruelles nous a permis à tous d'avoir un léger aperçu de Florence : ici, c'est une admirable porte cochère, là, au détour d'une rue, c'est une petite église. Ceci aiguisa notre appétit de visiter, de découvrir et de mettre à bas le secret d'une si riche architecture. A l'hôtel on nous distribua nos chambres, à raison d'une pour quatre élèves. Nous nous y installâmes confortablement après avoir méticuleusement choisi nos compagnons de chambrée. Après cette rapide prise de connaissance des lieux, toute l'équipe repartit dans Florence qui s'éveillait pour enfin combler notre furieux désir. Nous nous laissâmes guider jusqu'au Dôme par notre professeur, où ce ne fut qu'émerveillement devant le symbole de la richesse et de la puissance de la ville aux 13° et 14°siècles qui forme un extraordinaire ensemble de marbre blanc, vert et rose. Le "rapide" exposé (façon de parler) sous de légers flocons de neige sur l'historique de Florence par Monsieur Cartier terminé, nous entrâmes dans la cathédrale pour nous pâmer devant le fameux dôme du génie Brunelleschi. Après le discours passionné de notre célèbre guide et l'intervention de Louise sur la fresque, nous enchaînâmes avec la visite du baptistère San Giovanni, élégant édifice octogonal, revêtu de marbre blanc et sombre, très représentatif de l'art florentin, fait de mesure et d'harmonie, d'où se dégage une rare impression de rigueur et de délicate pureté. Rassasiés d'art pour cette première matinée de prise de contact qui ne fut qu'un échantillon du programme, Monsieur Cartier nous accorda un moment de repos où chaque élève, selon ses goûts, prenait des photos, se réchauffait d'un incontournable chocolat chaud, ou encore dépensait quelques lires pour l'achat de souvenirs ; puis nous ralliâmes l'hôtel pour le déjeûner, au cours duquel nous dégustâmes les fameuses pâtes qui furent servies à l'entrée de chaque repas, et qui ne nous ont pas pour autant, et je m'en étonne encore, donné une indigestion. L'infatigable seconde 7 en compagnie de ses 4 professeurs repartit donc à l'assaut de Florence, calepin et stylo en main, bien décidée à ne pas laisser s'échapper un mot de notre professeur. A cause du ciel nuageux, et des rebelles flocons de neige, nous changeâmes d'emploi du temps et remîmes la montée au Dôme pour le lendemain. Monsieur Cartier décida à cette occasion de nous faire visiter le célèbre palazzio Vecchio et la place de la Seigneurie, centre politique de Florence, avec comme toile de fond, en plus du palais, la loggia della Signoria et en coulisse, le palais des Offices. Le palazzio Vecchio, de sa masse puissante surmontée d'un élégant beffroi domine le plan. Réalisé dans un style gothique sévère, l'extérieur contraste avec l'intérieur où le faste et le raffinement sont omniprésents. L'admirable cour, entourée de colonnes de stuc sur fond d'or, en fut notre dernier aperçu après la visite, à la suite de laquelle nous déambulâmes dans les rues sillonnées par d'innombrables scooters pour atteindre la célèbre place des Innocents. Mais déjà, la nuit commençait à abaisser son voile sur la ville et nous dûmes rejoindre l'hôtel où nous dînâmes (avec des pâtes, mais faut-il le préciser?) . Enfin, après une heureuse veillée de jeux et autres occupations, monsieur Cartier vêtu d'un élégant pyjama donna l'ordre de l'extinction des feux. Ainsi, après une telle journée d'émerveillement, nous nous endormîmes éreintés, ébauchant les rêves les plus fous et nous imaginant avec passion notre future journée dans Florence. Le réveil fut matinal,
mais après une telle nuit et un copieux petit déjeûner,
toute l'équipe était fin prête pour de nouveau s'attaquer
aux passionnantes visites. Nous débutâmes la journée
pas la montée au Dôme que nous avons pu atteindre après
l'ascension d'un étroit escalier en colimaçon se faufilant
entre le dôme et la coupole. Enfin, comme par enchantement, nous
dominions Florence, bâtie sur les rives de l'Arno et sertie dans
un merveilleux paysage de collines idéalisé par une lumière
ambrée et diaphane. La ville dont nous rêvions tous était
à nos pieds : nous pouvions ainsi la contempler : elle offre l'inestimable
richesse de ses églises, de ses palais; et le charme insurpassable
de de sa célèbre campagne, la plus racée et la plus
subtile qui se puisse concevoir. Après ce long moment d'admiration,
Monsieur Cartier nous fit les commentaires, à l'extérieur
du baptistère, des portes en bronze ornées de panneaux magnifiquement
sculptés, en particulier la fameuse porte du Paradis de Ghiberti,
véritable travail d'orfèvre. Puis notre célèbre
guide nous fit la visite du Dôme de la cathédrale, gothique
dans son ensemble, qui constitue un éclatant exemple de l' originalité
de ce style à Florence: goût pour l' ampleur des volumes,
attachement à la ligne horizontale, et répugnance à
l' égard des surfaces sculptées.
Vendredi 12 nous nous sommes réveillés pour découvrir la lumière diffuse de ce ciel exceptionnel qui s'offrait à nous. Cependant au sortir de l'hôtel nous fûmes saisis par un froid tenace. Nous débutâmes la journée par le musée de l'Académie qui présente un intérêt exceptionnel pour les sculptures de Michel-Ange qui s'y trouvent rassemblées. De part et d'autre de la galerie qui lui est réservée on reconnaît les célèbres "Esclaves". Au fond de la salle, mis en valeur par une abside, se dresse le majestueux "David". Son corps appuyé par un léger déhanchement sur la jambe droite pour suggérer la tension créée par le mouvement en puissance, sa forte musculature et sa beauté accomplie témoignent d'une admirable connaissance de l'anatomie de la part du sculpteur. Le commentaire de la statue nous fut fait de main de maître par la délicieuse Odile. Après avoir admiré les enfilades de pièces où sont exposés des peintures et des retables, nous sommes allés à l'Eglise San Lorenzo, la paroisse des Médicis. Cette église florentine ne reçut jamais son revêtement de marbre sur sa rude façade. A l'intérieur, Brunellesch inaugure le style typique de la Renaissance florentine. Il mêle des stuctures romanes et des éléments repris à l'architecture antique, tout en conservant le plan basilical à trois nefs. Les deux chaires, mises en valeur par l'architecture sobre et limpide, pour une rigoureuse géométrie et par un jeu de contraste entre gris et pierre, sont couvertes de magnifiques panneaux exécutés par Donatello. Nous avons ensuite visité la Nouvelle Sacristie qui est en fait une chapelle funéraire. Elle est aménagée pour accueillir les tombeaux des Médicis. Après le déjeuner et un petit moment de repos, nos sommes immédiatement repartis dans Florence pour entendre le commentaire de Mme Chabrier sur le Palazzo Médicis-Riccardi, demeure familliale des Médicis. Ce palais, digne de la puissance et de la richesse de Cosme l'Ancien, offre un aspect de sobrieté convenant d'une discrétion pour ne pas susciter l'envie. Cet édifice de la Renaissance florentine avec un appareil d'énormes bassages s'allégeant vers le haut, ces élegantes baies géminées surmontées d'un arc en plein cintre et sa corniche débordante respire l' austérité. Au rez-de-chaussée s'ouvrent des fenêtres à fronton sur hautes consoles dessinées par Michel-Ange. Ce palais rompt avec la tradition moyenâgeuse : le bâtiment entoure une belle cour à haut portique. Le temps de prendre une photo du groupe dans le jardin très réduit, il était 15h et nous avions un quartier libre de 4h, comme cela était prévu dans le programme. Florence nous était livrée; ainsi chacun pouvait en profiter à sa guise. Certains n'ont pu résister aux alléchants Gelati, d'autres ont perdu quelgues lires au marché au cuir et un élève eut la riche idée d'acheter une carte postale de La Joconde qui fait le prestige de Paris. Au cours de ce long moment de détente, sur les pas de Brunelleschi, Ghiberti et bien d'autres, nous avons eu la sensation de posséder Florence. Hélas, le temps n'a pas suspendu son cours, ni les heures propices leur vol. Nous avons tous dîné pour la denrière fois à l'hôtel et,après avoir quelque peu parlementé, nous avons obtenu de pouvoir sortir jusqu'à 22h45 ce soir-là. Cette dernière flânerie nocturne dans la ville fut aussi heureuse que les autres soirs. Nous nous réveillâmes tôt ce samedi matin. A l'occasion de notre dernière journée dans la ville, le ciel florentin nous offrit un temps magnifique.Nous sommes donc allés au couvent San Marco, accolé à l'église du même nom, pour voir les oeuvres de Fra Angelico.Le monastère forme un ensemble d'une extrème simplicité. L'harmonieux cloître Renaissance, ombragé d'un grand cèdre a des tympans décorés de fresques relatant la vie de St Antonin. Nous avons pu admirer la salle capitulaire et l'ancienne salle des Hôtes pour ensuite monter au premier étage découvrir les cellules des Dominicains. L'escalier est dominé par la celèbre Annonciation du maître Fra Angelico, commentée par Elisa. Les cellules des moines ont toutes été décorées de scènes évoquant la vie du Christ ou de la Vierge. Pour exécuter ces fresques destinées à la contemplation méditative des religieux, l'artiste s'est exprimé avec une rare sobriété de couleurs.Après avoir visité les 43 cellules avec en particulier celle de Savonarole, nous avons eu droit à un temps libre avant le déjeûner, afin de reprendre des forces pour l'après-midi. En effet, pour notre dernière équipée dans Florence, notre professeur avait prévu une longue promenade dans la ville jusqu'à la colline de San Miniato, à travers les étroites rues. Après avoir traversé l'Arno par le Ponte alle Grazie, la route bordée de luxueuses propriétés déroule à flanc de colline ses larges courbes bordées de pins et de cyprès. De la vaste esplanade largement ouverte, Florence s'étend, et offre un magnifique panorama avec en toile de fond les Apennins qui se déploient: on reconnait le Ponte Vecchio, le beffroi de la Seigneurie et le fameux dôme qui constituent le centre historique de la ville. Sur la gauche se dresse l'église San Miniato al Monte, précédée d'un large escalier, elle est bâtie sur un site remarquable dominant Florence. La façade d'une exceptionnelle élégance, rappelle le baptistère San Giovanni : revêtement à dessins géométriques en marbre vert et blanc, fenêtre à front triangulaire, même grâce, même équilibre, typiques du style roman florentin. La partie supérieure est ornée d'une mosaïque. A l'intérieur, comme à la façade, règne l'harmonieuse combinaison géométrique de vert et de blanc. De type basilical, l'édifice comprend un choeur fortement surélevé au dessus d'une vaste crypte. Le très beau pavement à incrustations de marbre blanc et noir, d'une finesse de dentelle est daté de 1207. Après l'exposé de Tamara et un temps d'admiration, toute la seconde 7 est repartie à l'hôtel pour récupérer ses bagages et rallier la gare. Pour la dernière fois nous sommes passés devant le Dôme et la Seigneurie pour un retour mélancolique. A la gare, nous nous sommes installés dans le train pour Paris dans lequel nous avons dîné. Dans un triste adieu à la ville, le train s'est ébranlé et lentement s'est éloigné de Florence. Après une très bonne nuit qui a suivi une heureuse soirée, toute l'équipe s'est réveillée alors que le train traversait la campagne française dans la grisaille d'un matin maussade. Puis ont défilé les usines crachant des fumées, jusqu'à l'arrivée à la gare de Lyon. Ce voyage fut pour tous une expérience inoubliable et fort intéressante : nous avons pu apprécier et admirer l'art de la Renaissance florentine. Nous y avons étudié l'architecture inégalable de génies comme Brunelleschi, Ghiberti, dont les techniques de réalisation et de construction impressionnent encore. Florence a connu son apogée sous le gouvernement de la prestigieuse cour des Médicis où le faste, la richesse et la splendeur ont inspiré l'Europe entière au moment du rayonnement des courants d'idées et d'architecture de la Renaissance. Florence, mythique sous tous ses aspects demeurera ineffaçable dans notre esprit, et restera la source de nos rêves, comme celui d'y retourner avec une nouvelle activité Patrimoine l'an prochain. Mais ceci est une autre histoire ... |